dimanche 21 juin 2009

Chercher mieux pour marchandiser plus...

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Les enseignants chercheurs réclament depuis plusieurs mois l'abandon du projet de modification du décret statutaire de 1984, qui aggrave encore un peu plus les dispositions de la loi du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (dite loi LRU. ou loi Pécresse)

Ils s'opposent notamment:

- aux pleins pouvoirs des présidents d'université ou directeurs d'établissement dans une gestion individuelle des carrières

- à une modulation des services qui se traduira par un alourdissement des services d'enseignement pour la plupart des enseignants chercheurs

- à la dépossession du comité national des universités (CNU) de tout rôle de gestion nationale des carrières des enseignants chercheurs (promotions, congés sabbatiques).

Au regard de l’augmentation des crédits alloués à la recherche publique, qui est en fait strictement équivalente au taux d’inflation, les aides aveugles aux entreprises n’en finissent pas de se succéder et de s’étoffer considérablement.

Le crédit-impôt-recherche, énième cadeau fiscal, s’élève déjà à presque un milliard d’euros et est dilapidé sans qu’aucun bilan de son impact ni de son utilité pour répondre aux besoins sociétaux ne soit envisagé.

Avec les deux milliards supplémentaires dévolus à l’agence de l’Innovation industrielle, on constate que l’État dépense sans compter au profit d’entreprises dont l’unique objectif est d’obtenir, à court terme, des retombées à même de grossir suffisamment le dividende d’un carré d’actionnaires peu soucieux de l’intérêt collectif…


Lettre ouverte de 130 Enseignants-chercheurs de l’Université Paris-Ouest Nanterre à Valérie Pécresse et à Xavier Darcos

Nanterre, le 12 juin 2009

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,

Parce que nous sommes des chercheurs et des professeurs responsables, des humanistes, des parents et des citoyens, nous refusons de faire payer à nos étudiants le prix de votre incompétence et de votre despotisme.

Nous ferons donc en sorte que, malgré des mois de grèves douloureuses et de perturbations multiples, nos étudiants aient un diplôme de qualité cette année, comme chaque année. Nous avons pris cette décision la mort dans l’âme, sachant que vos médias s’empresseront d’en déduire que nous reculons devant vos menaces insultantes et que « tout rentre dans l’ordre ».

Mais nous restons solidaires de nos collègues qui, en divers points du territoire et dans des conditions particulières, ont pu prendre des décisions plus radicales, plus difficiles à tenir, sans doute, mais peut-être plus courageuses que la nôtre, pour vous résister avec plus de fracas. Nous le montrerons en continuant à manifester avec nos étudiants, et en résistant avec force à vos basses manoeuvres politiques.

La crise des universités ne fait peut-être que commencer, car votre attitude actuelle qui consiste à imposer des décrets scélérats rejetés par tous, à la veille des vacances, ne fait que renforcer notre défiance à l’égard de votre administration.

Après 8 mois de motions unanimes, de tribunes publiques et de pétitions qui ne nous valurent pas même l’honneur d’une réponse ; après 4 mois de protestation vigoureuse ponctués de grèves diverses, d’actions symboliques et de manifestations rassemblant chaque semaine des dizaines de milliers de personnes dans le respect de l’ordre républicain, nous devons constater que vous avez, en apparence, gagné la bataille sur la question des examens si facile à mettre en musique médiatique.

Vous avez eu raison de parier sur notre bonne nature : nous ne sacrifierons pas sur l’autel de vos vanités, l’avenir de nos étudiants. Vous avez l’impression d’avoir gagné, pour quelques semaines, face au monde du savoir, face à l’innovation, face au dynamisme, face aux plus grands noms des sciences et des sciences humaines françaises qui, chaque jour, portent par leur travail, malgré vous, notre pays au rang des premières puissances culturelles et intellectuelles de la planète — face à tous ceux, prix Nobel compris, dont vous n’avez pas su entendre les appels raisonnables et argumentés.

En vous appuyant sur des médias aux ordres, sur des mensonges éhontés, des chiffres ouvertement truqués, des intimidations policières et des lieux communs populistes, vous pouvez donner l’impression d’avoir gagné, pour un temps, mais pour un temps seulement, contre l’Université de la République.

Nous dénonçons la violence de votre gouvernance, qui préfère nous mettre en concurrence pour gérer une pénurie de moyens volontairement entretenue, au lieu de nous aider à unir nos forces dans une dynamique de réformes stimulantes et partagées. Nous dénonçons la violence et la cynique duplicité de vos discours, qui parlent d’« autonomie » pour décrire la vente à la découpe des universités, de « milliards mis sur la table » pour mieux dissimuler des suppressions de postes, d’ « effort sans précédent » pour masquer le désengagement de l’Etat, la hausse des frais universitaires et l’endettement des étudiants. Nous dénonçons votre plan de destruction massive de l’école publique, laïque et ouverte à tous, que vous attaquez en portant gravement atteinte à la formation des maîtres, et en détruisant des postes indispensables pour les pourvoir, dans le meilleur des cas, par des vacataires sans formation, voire pour les remplacer par des portiques de sécurité, encore moins coûteux.

Dans le même temps, vous confiez des missions de service public à des universités catholiques privées, soumises à l’autorité du Vatican, avec l’espoir qu’elles drainent vers elles, moyennant des droits d’inscription considérables, des étudiants en butte aux pénuries orchestrées de l’université publique.

Alors oui, peut-être plions-nous aujourd’hui, Madame la ministre, Monsieur le ministre, devant tant de mépris pour l’avenir de nos étudiants, devant tant de sourde incompétence. Mais nous ne rompons pas.

Nous refusons plus que jamais vos « preuves d’amour » qui ne sont que des mots pour couvrir d’un voile blanc le viol en réunion de la Princesse de Clèves et de l’Ecole de la République.

Et nous restons debout, aux côtés de nos étudiants, pour continuer à leur donner le meilleur de nous- mêmes dans les conditions de misère que vous promettez aux universités sous couvert d’illusoires libéralités. Nous restons debout, aux côtés de nos collègues du secondaire et du primaire qui, comme nous, continuent à donner le meilleur d’eux-mêmes à tous les enfants de ce pays, malgré le harcèlement moral qu’ils subissent depuis des années. Nous restons debout, aux côtés de tous les défenseurs des services publics en voie de marchandisation et d’appauvrissement, et aux côtés de tous les citoyens porteurs des valeurs républicaines de solidarité, d’ouverture aux autres, de laïcité, de progrès partagé et d’esprit critique. Nous restons debout dans la rue, dans les tribunes des journaux, et partout où cela sera nécessaire, pour appeler les Français à prendre conscience du désastre qui se joue aujourd’hui, sous leurs yeux, sans qu’ils n’en sachent rien.

En brisant un à un les liens qui unissent entre eux les Français ; en rompant une à une les amarres de notre histoire et de notre identité ; en privant tant de citoyens du droit à être entendus et du droit à penser différemment les relations humaines, vous n’avez, semble-t-il, qu’une ambition : faire de la rentabilité immédiate et de la concurrence sauvage les seules références morales dignes de respect dans notre société.

Cette servilité, ce cynisme et cette étroitesse d’esprit, auront un prix, que vous paierez un jour.

Vous aspirez maintenant, paraît-il, à d’autres fonctions, trouvant dans la fuite vers d’autres ambitions politiciennes et carriéristes, le moyen, croyez-vous, de sortir la tête haute du gâchis monstre dont vous portez l’écrasante responsabilité. Votre bilan est pathétique.

Vous pouvez partir. Nous, nous restons. Vous avez détruit, nous reconstruirons.

Veuillez croire, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, à notre profond respect pour les fonctions que vous exercez.


Verena Aebischer, MCF, psychologie ; Gianni Albergoni, MCF, Sociologie ; Anne-Claude Ambroise-Rendu, MCF, Histoire contemporaine ; Estelle Amy de la Bretèque, ATER, Ethnomusicologie ; Patricia Attigui, Professeur des Universités, Psychologie ; Sylvie Bauer, MCF, Anglais ; Annette Becker, Professeur des Universités, Histoire contemporaine ; Anna Bellavitis, MCF, Histoire moderne ;Cécile Birks, MCF, Anglais ; Hélène Blais, MCF, Histoire contemporaine ; Michel Blanc, MCF, Sociologie ; Chrystèle Blondeau, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Barbara Bonnefoy, MCF, Psychologie ; François Bost, MCF, Géographie ; Myriam Boucharenc, Professeur des Universités, Lettres ; Véronique Boucherat, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Michel Boutillier, Professeur des Universités, Economie bancaire et financière ; Cyrille Bouvet, MCF, Psychologie ; Jean-Albert Bron, PRAG, Arts du spectacle ; Jean-Pierre Bruckert, MCF, Psychologie ; Sylvaine Camelin, MCF, Ethnologie ; Jean-Marc Chamot, MCF, Civilisation américaine ; Jean-Luc Chassel, MCF, Histoire du droit ; Serge Chauvin, MCF, Etudes angloaméricaines ; Nathalie Cheze, MCF, Mathématiques ; Miguel Chueca, MCF, Langue et civilisation espagnoles ; Céline Clavel, Post-doctorante chargée de cours, Psychologie ; Céline Clément, MCF, Sociologie ; Michèle Cohen-Halimi, MCF, Philosophie ; Franck Collard, Professeur des Universités, Histoire médiévale ; Sylvaine Conord, MCF, Sociologie ; Marcel Cori, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Flore Coulouma, MCF, Anglais ; Laurence Croq, MCF, Histoire moderne ; Bernard Cros, MCF, Civilisation britannique ; Vincent Cuche, ATER, Histoire ancienne ; Frédérique Cuisinier, MCF, Psychologie ; Elizabeth Deniaux, Professeur des Universités, Histoire ancienne ; Henri Desbois, MCF, Géographie ; Marianne Desmets, MCF, Sciences du langage ; Sylvia Dobyinsky, MCF, Mathématiques-Informatique ; Claude Dorey, MCF anglais ; Yvette Dorey, MCF, Psychopathologie ; Aude-Marie Doucet, ATER, Histoire médiévale ; Frédéric Dufaux, MCF, Géographie ; Stéphane Dufoix, MCF, Sociologie ; Jean Duma, Professeur des Universités, Histoire moderne ; Annie Duprat, Professeur des Universités, IUFM Versailles, Responsable agrégation interne d’Histoire et de Géographie à l’Université Paris Ouest Nanterre, Histoire moderne ; Brigitte Dussart, MCF, Sociologie ; Nicole Edelman, MCF, Histoire contemporaine ; Anne Fabre, PRAG, Economie-Gestion ; Alexandra Filhon, MCF, Sociologie ; Fabrice Flahutez, MCF, Histoire de l’art contemporain ; Arnaud Fossier, AMN, Histoire médiévale ; Bernard Friot, Professeur des Universités, Sociologie ; Danièle Frison, Professeur émérite, Anglais ; Marie-Pierre Gervais, Professeur des Universités, Informatique ; Elisabeth Gontier, ATER, Psychopathologie ; Justine Gourbière, Monitrice, Histoire de l’art médiéval ; Maya Gratier, MCF, Psychologie ; Claude Grimal, Professeur des Universités, Littérature américaine ; Jean-Marie Guillaume, I.E.R., Philosophie ; Matthieu Hély, MCF, Sociologie ; Olivier Hochedez, Moniteur, Sociologie ; Nicolas Jonas, ATER, Sociologie ; Sylvain Kahane, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Karine Kray-Baschung, MCF, Sciences du langage ; Emilie Kurdziel, AMN, Histoire médiévale ; Evelyne Labbé, Professeur des Universités, Littérature américaine ; Thierry Labica, MCF, Anglais ; Anne Lacheret, Professeur des Universités, Linguistique ; Frédéric Landy, Professeur des Universités, Géographie ; Frédérique Leblanc, MCF, Sociologie ; Marie Leca- Tsiomis, Professeur des Universités, Littérature française ; Samuel Lepastier, Professeur associé à l’Université Paris Ouest, Psychopathologie ; Claude Leroy, Professeur émérite, Littérature française ; Despina Liolios, MCF, Ethnologie ; Hubert Lisandre, MCF, Psychopathologie ; Julien Magnier, Doctorant, chargé de cours en psychologie ; Aliocha Maldavsky, MCF, Histoire moderne ; Luca Marsi, MCF, Italien ; Christophe Martin, Professeur des Universités, Littérature française du XVIIIe siècle ; Jacques Martineau, MCF, Littérature française ; Corinne Mazé, MCF, Sciences psychologiques ; Caroline Mellet, MCF, Sciences du langage ; Béatrice Ménard, MCF, Littérature latino-américaine ; Vincent Meyzie, MCF, Histoire moderne ; Christophe Mileschi, Professeur des Université, Etudes italiennes ; Virginie Milliot, MCF, Ethnologie ; Laure Moguerou, MCF, Sciences de l’éducation ; Annie Mollié, MCF, Mathématiques et Statistiques ; Jean-Pierre Morelou, MCF, Droit public ; Isabelle Moret-Lespinet, MCF, Histoire contemporaine ; Emmanuelle Mortgat-Longuet, MCF, Littérature française du XVIIe siècle ; Colette Noyau, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Christine Ollivier, MCF, Psychologie ; Florence Paravy, MCF, Lettres modernes ; Nicolas Patin, AMN, Histoire contemporaine ; Christine Pauleau, MCF, Sciences du langage ; Richard Pedot, Professeur des Universités, Littérature anglaise ; Sylvie Pédron Colombani, MCF, Sociologie ; Marie Personnaz, MCF, Psychologie sociale ; Liliane Picciola, Professeur, Littérature française ; Patrick Pion, MCF, Archéologie pré et protohistorique ; Nicolas Prévôt, MCF, Ethnomusicologie ; Pierre Ragon, Professeur des Universités, Histoire moderne ; Véronique Rauline, MCF, Anglais ; Hélène Raymond, Professeur des Universités, Science économique ; François Regourd, MCF, Histoire moderne ; Rosine Réveillé, MCF, Statistiques ; Simone Rinzler, MCF, Anglais ; Nicolas Sallée, Moniteur, Sociologie ; Danielle Schütz, PRAG, Lettres modernes ; Pascal Sebille, MCF, Sociologie ; Gabriel Segré, MCF, Sociologie ; Christine Sellin-Catta, Assistante en Histoire contemporaine ; Alexis Sierra, MCF, Géographie ; Frédérique Sitri, MCF, Sciences du langage ; Amandine Spire, Monitrice, Géographie ; Jean-Fabien Steck, MCF, Géographie ; Anne Steiner, MCF, Sociologie ; Emmanuelle Tixier, MCF, Histoire médiévale ; Anne Trévise, Professeur des Universités, Anglais ; Delphine Tribout, ATER, Sciences du langage ; Laurence Vanoflen, MCF, Littérature du XVIIIe siècle ; Olivier Vecho, MCF, Psychologie ; Sarah de Vogué, MCF, Sciences du langage ; Christophe Voilliot, MCF, Sciences politiques ; Panayota Volti, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Claudine Wolikow, MCF, Histoire moderne.


Photo Flickr-cc : chercheur par CG94 ( par http://www.flickr.com/photos/valdemarne/)

vendredi 12 juin 2009

Résultats des élections européennes : maigre victoire de l'UMP et débâcle du PS sur fond d'abstention record

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Quelque 388 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes dans les 27 Etats européens.

Le taux d'abstention qui continue d’augmenter depuis l'instauration du vote au suffrage universel en 1979, témoigne du désintérêt croissant des citoyens envers une institution qu'ils peinent à comprendre et qu'ils jugent éloignée de leurs préoccupations, même si les prérogatives du parlement se sont légèrement accrues ces dernières années.

Les européens ne croient plus à l'Europe et à son fonctionnement onéreux, privilégiant l’ultra-libéralisme et une commission dont les membres ne sont pas élus démocratiquement, creusant les inégalités entre pauvres de plus en plus pauvres et riches de plus en plus riches…


La Slovaquie, la Slovénie, la République Tchèque, la Roumanie et la Pologne ont enregistré les plus forts taux d'abstention, supérieurs à 70%.

Forte abstention également en Suède, où 65% des électeurs ont boudé les urnes, alors que ce pays va prendre la présidence tournante de l'UE le 1er juillet prochain…

La Hongrie (63,72%), le Portugal (63,52%), les Pays-Bas (63,5%), la Bulgarie (62,5%), l'Autriche (57,6%), la France (59,95%), l'Allemagne (57,8%) et l'Estonie (56,8%) terminent la liste des pays où l'abstention a été supérieure à la moyenne européenne.

En 1979, le taux d'abstention n'était que de 37% !

La fausse victoire de l'UMP

En dépit d’une mise en scène médiatique trompeuse et d'une UMP à 27,87 %, le total des voix de la majorité présidentielle est minoritaire en France. L’UMP est Isolée dans sa forteresse, sans alliés, sans soutiens autres qu’elle-même.

D’ailleurs, le total des voix de gauche est supérieur à celui des voix de droite, montrant que si la gauche se transformait un jour, elle serait à nouveau capable de proposer une alternative au pays.

Au sujet de ce résultat, on lit quelquefois dans la presse des commentaires surprenants. Ainsi, dans une dépêche Reuters : « Avec 28% des suffrages - seulement deux points de moins que Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle de 2007 - l'UMP et ses alliés du Nouveau centre réalisent le meilleur score d'un parti de droite au pouvoir depuis 30 ans. »

Ceci est faux. La liste menée par Simone Veil, en 1984 récoltait 43% des voix ! Par ailleurs, la "droite de gouvernement" a toujours été composée de plusieurs partis, notamment l’UDF sauf que pour cette élection, ce qui provient de l’UDF, le MODEM, se situe clairement dans l’opposition.

Objectivement et par rapport au nombre de voix obtenues par les différentes listes, il est probable que jamais aussi peu d’électeurs ont voté pour le parti au pouvoir. Jamais dans aucune élection, la «droite de gouvernement» n’a fait un aussi faible score.

A la dernière élection présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait 18 938 000 voix, aux européennes, seulement 4 798 921. Plus de 14 millions de voix se sont volatilisées ! Où est le triomphe de l'omni président ? Où est sa "réserve" de voix pour les élections futures ?

Si l’on prend en compte les pourcentages de chaque liste par rapport aux électeurs inscrits, les chiffres sont encore plus édifiants :

- Abstention : 59,35 %

- UMP : 11,3 %

- Parti socialiste : 6,7 %

- Verts : 6,6 %

- MoDem : 3,4 %

- Front National : 2,6 %

- Front de gauche : 2,5 %

- NPA : 2,0 %

- Libertas : 2,0 %

En comptant les électeurs non-inscrits, cela fait encore moins...

La liste des écologistes a connu un gros succès mais c’est un vote refuge (« Home »). L’écart entre le libéral-libertaire Daniel Cohn-Bendit et l’écologiste social de gauche José Bové, est très grand…A propos du référendum sur le TCE par exemple, pendant que Bové disait : «Pour moi, c’est Non ! Ce traité est dangereux et inacceptable" (Le Monde, novembre 2004) Cohn-Bendit répliquait : «Nous avons intérêt à faire campagne ensemble pour créer une dynamique du Oui, y compris avec l’UMP" (Libération mars 2005)

Et ce n’est pas la première fois qu’aux Européennes, il y a une percée d’une liste composite qui ne structure pas la vie politique ensuite. Les Européennes ont servi déjà à des échappatoires pour des votes éphémères. Cela laisse les écologistes entièrement devant leur choix face à la gauche demain et notamment aux alliances en vue des prochaines élections régionales.

Mais si la confrontation de fond pour répondre à l’immense crise du système financier, entre une Europe de droite, libérale et une Europe de gauche, sociale, n’a pas eu lieu, c’est avant tout la faute du PS, de son programme trop timoré et hésitant et à l’immense hypocrisie de Martine Aubry.

En effet, comment le Parti Socialiste Français pouvait-il se désolidariser des choix économiques européens faits depuis 25 ans ? N’a-t-il pas majoritairement soutenu l’Acte Unique, le traité de Maastricht, le traité de Nice, le Traité Constitutionnel Européen puis le traité de Lisbonne ? Tous ces traités ont obtenu une très large majorité des suffrages des élus du PS.

Et ce sont ces traités qui ont fait avancer la déréglementation dans tous les domaines, qui ont rendu le pouvoir monétaire indépendant des politiques. Ce sont ces traités qui ont tenté de faire de la « concurrence libre et non faussée » un objectif de l’Union Européenne.

Ce sont ces mêmes socialistes qui ont accepté la libéralisation des anciens services publics sous Lionel Jospin. Bref, les socialistes sont largement co-responsables du bilan calamiteux de l’Europe.

Et pour s’en prendre à la fois à Barroso et à Sarkozy, ce qui était la bonne orientation, le PS ne devait pas avoir les pieds pris dans le tapis du PSE et les mains liés sur l’opt out par Gordon Brown et sur Barroso par le SPD.

Il fallait au moins un candidat du PSE pour la présidence de la commission. Le lien étroit avec le PSE que Martine Aubry avait plaisir à souligner pendant la campagne, n’a pas fait gagner de voix au PS mais lui en a fait perdre au contraire 2 000 000 par rapport à 2004.

Le PSE a été un boulet et d’ailleurs partout en Europe les sociaux-démocrates ont perdu faute d’offrir une alternative à la crise.

En essayant de faire croire qu’en votant socialiste, les Français pourraient changer la direction de l'Europe, les arguments du PS étaient largement cousus de fil blanc…En réaction, une forte proportion d'électeurs socialistes a voté pour les listes d’Europe-Ecologie, une petite minorité ayant voté pour le Front de Gauche

Afin d'analyser ces résultats et essayer de faire des propositions pour l’avenir, Martine Aubry a pris soin de proposer rapidement un Conseil national placé sous le signe d'une xième "refondation", dès le mardi et non le week-end pour mieux limiter le nombre de participants et empêcher toute coordination éventuelle des opposants...

Elle a ensuite promis de nouvelles conventions thématiques dans les six mois qui viennent; une veille recette utilisée maintes fois par tous les premiers secrétaires pour surmonter les périodes de crise et faire diminuer la pression en laissant les militants se «défouler» dans des commissions de travail…


Photo Flickr-cc : Parlement européen par Codl (http://www.flickr.com/photos/codl/)

vendredi 5 juin 2009

Elections européennes : et si Jean Jaurès votait le 7 juin prochain… .

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Il est toujours difficile de se mettre à la place de quelqu’un pour lui faire commenter l’actualité politique d’une période qu’il n’a pas connue. On connaissait déjà : le Général aurait dit, le Général aurait fait…, on connaissait encore Nicolas Sarkozy citant récemment Jean Jaurès !

Mais pour qui aurait voté Jaurès aux élections européennes du 7 juin prochain s’il avait été encore de ce monde? Cet exercice de politique-fiction, est cependant plus facile à mettre en perspective qu’il pourrait n’y paraître au premier abord…


Quelle est la situation politique à gauche aujourd’hui ?

Le parti radical de gauche (PRG) et le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) de Jean Pierre Chevènement ont décidé de ne pas prendre part à la campagne des élections européennes et préconisent, le 7 juin prochain, un vote blanc ou nul !

Le PRG a fait savoir qu'il n'appelait pas à voter pour son traditionnel allié socialiste et son président, Jean-Michel Baylet, votera blanc. Il reproche au PS et à l'UMP d'être «à l'origine du système inique» de circonscriptions régionales qui, selon lui, favorise les grandes formations politiques dans le scrutin européen; Ce qui est exact mais ne justifie pas forcément un vote blanc…

Pour le MRC, «cette élection à un Parlement-fantôme est un trompe l’œil. Dans cette enceinte où 770 soi-disant députés inconnus de leurs électeurs peuvent s’exprimer trois minutes chacun, en usant de l’une des vingt-deux langues officielles reconnues, aucune volonté générale ne peut bien évidemment s’exprimer.» Si cet argument est juste, Jean-Pierre Chevènement était beaucoup moins scrupuleux lorsqu’il était un conseiller spécial de Ségolène Royal (ouiouiste béate) lors de la dernière élection présidentielle…

A l’extrême gauche et alors qu’il faut au moins 5% des voix pour espérer avoir un élu, Lutte Ouvrière (LO) et le nouveau parti anti-capitaliste (NPA) préfèrent se présenter séparément à ces élections. Non seulement ces deux organisations ont refusé tout accord avec le Front de Gauche (FDG) mais elles ont été incapables de faire une liste commune alors même qu’elles sont issues de la même famille politique !

Chacun l’aura compris, Olivier Besancenot, pensant sans doute avoir été boosté par son récent passage chez Michel Drucker et la nouvelle porte-parole de LO, Nathalie Arthaud (remplaçante d'Arlette Laguiller), veulent absolument se compter dans cette élection, quitte à n’avoir aucun élu ! Une situation ubuesque pour ces deux organisations qui prouvent que le sectarisme et le nombrilisme font toujours recette à l’extrême gauche…

Et le parti socialiste? Celui-ci soutient Il Manifesto, le texte de référence du Parti socialiste européen (PSE) et le traité de Lisbonne, véritable TCE bis rejeté par les français le 29 mai 2005 ; un traité dont le PS a permis, avec l'UMP, lors du congrès de Versailles, qu’il s’inscrive dans la Constitution de la République si par malheur il est ratifié par les 27 pays européens... Et le PSE s’apprête à voter pour un second mandat de Manuel Barroso, à la tête de la commission européenne !

En affirmant que pour «réorienter l’Europe, il faut d’abord envoyer au Parlement de Strasbourg une majorité de députés de gauche», le PS a quelques troubles de mémoire, comme cela lui arrive fréquemment ces derniers temps.

D'abord parce que le Parlement, malgré de légers progrès, dispose toujours de peu de pouvoirs mais également à cause de ce qui s’est produit par le passé lorsque l’Europe comptait 15 pays. A cette époque existait une majorité de gauche au Parlement européen et sur 15 pays, on en comptait 13 avec une majorité social-démocrate ! Rien n’a changé pour autant !

Et cette Europe que Martine Aubry critique pour les besoins de la campagne, ce n’est pas seulement celle des ultra-libéraux, Manuel Barroso en tête, c'est aussi celle de tous les socialistes européens et de Jacques Delors, ministre socialiste des Finances de 1981 à 1985 puis président de la Commission européenne de 1985 à 1995, qui a conçu notamment l’acte unique européen et le traité de Maastricht.

C’est toujours cette Europe qu’elle a défendu ardemment le 29 mai 2005 en faisant campagne pour le Oui au traité constitutionnel puis en soutenant le traité de Lisbonne qui réunit toutes les causes des souffrances présentes.

Il y a enfin dans le paysage politique, le Parti Communiste (PC) et le Parti de Gauche (PG), alliés pour la circonstance dans le FDG.

Malgré les critiques que l’on peut faire ici ou là à Marie-George Buffet et Jean-Luc Mélenchon, notamment vis-à-vis d’une certaine sous-estimation de l’importance de la souveraineté nationale dans une Europe à 27 pays, il ne reste pourtant que cette possibilité de vote pour les vrais républicains de gauche.

42 économistes et de nombreuses personnalités, ni membres du PCF, ni membres des courants du PS qui ont donné naissance au PG, appellent à soutenir la dynamique unitaire du Front de Gauche et toute une série d’objectifs pour «le contrôle des banques et de la finance , «une hausse coordonnée des salaires et des prestations chômage», «un salaire minimum en Europe , la nécessité de «réhabiliter les services publics», de «remettre en cause le dumping fiscall», d’affirmer l’objectif du «plein emploi et des droits sociaux», enfin d’affirmer les principes «de convergences par le haut et de non régression sociale»…

Jean Jaurès pour qui le "courage est de chercher la vérité et de la dire", aurait sûrement voté FDG aux élections européennes le 7 juin prochain mais naturellement, vous n’êtes pas obligé de me croire…


Photo Flickr-cc : Jean Jaurès par parti socialiste (http://www.flickr.com/photos/partisocialiste/)

vendredi 29 mai 2009

Elections européennes du 7 juin 2009 : ne pas s'abstenir, un devoir républicain

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Les élections au parlement européen se déroulent à un moment où la récession que connaît la France est d’une ampleur inédite depuis la crise des années 30. C’est près d’un million de chômeurs supplémentaires que notre pays risque de compter à la fin 2009!

Ce n’est pas si souvent que la souveraineté populaire est sollicitée dans le cadre de l’Union européenne. D'où l'importance du résultat de ces élections comme signal apporté à Nicolas Sarkozy et aux autres dirigeants européens qui ont refusé de tenir compte du résultat des référendums en France, aux Pays-Bas et en Irlande...


Comparé aux autres institutions de l’Union européenne (Conseil, Commission, Cour de Justice, Banque centrale), le Parlement européen est celle qui a le moins de pouvoirs. Il est écarté de domaines très importants comme les politiques monétaire, économique, commerciale, étrangère et de sécurité commune.

Il n’est qu’un rouage d’un système fonctionnant avec des traités dont l’inspiration ultra- libérale est connue. Ainsi, par exemple, le Parlement ne pourra jamais remettre en cause le dogme de la «concurrence libre et non faussée» et devra mener son action à l’intérieur de ce concept.

Cette question est tout à fait fondamentale et n’est pas sans conséquences sur la forte abstention traditionnelle que l’on constate lors de ces élections. Ces vérités élémentaires démoralisent les électeurs et pousse les partis favorables au traité de Lisbonne à les masquer pour mieux enjoliver la réalité.

Certes, le parlement européen a vu ses maigres pouvoirs légèrement renforcés ces dernières années mais c’est la Commission qui conserve le monopole de l’initiative législative. Elle est seule habilitée à proposer des projets de règlement ou de directive. Par exemple si le Parlement européen voulait majoritairement proposer un texte législatif pour prendre des mesures protectionnistes universalistes, inspirées de la Charte de La Havane, il ne le pourrait pas.

La procédure dite de la «codécision» existe bien et a mis sur un pied d’égalité le Conseil et le Parlement dans certains domaines ; en cas de désaccord sur un texte, il n’est pas adopté. Cette procédure ne s’applique cependant qu’à un nombre limité de sujets.

Quelques succès ont été observés (que l’on peut compter sur les doigts d’une seule main…) comme le projet de directive de libéralisation des services portuaires (Port Package) rejeté par le Parlement européen. Mais il faut dire que ce rejet résulte uniquement d’une mobilisation syndicale exceptionnelle, au niveau européen, avec un blocage des ports…

Ne pas abandonner le combat contre le Traité Constitutionnel Européen

Les partis qui étaient favorables au TCE en 2005 sont aujourd’hui favorables au Traité de Lisbonne.

Dans ce dernier traité, copie conforme du TCE, «le respect de l’économie ouverte de marché où la concurrence est libre» reste la pierre angulaire à laquelle tout est subordonné. Aucune des principales exigences soulevées dans le débat sur le TCE en 2005 n’a été prise en compte : services publics, égalité hommes-femmes, laïcité, préservation de l’environnement et des ressources non renouvelables, Europe sociale, refus de la libre circulation des capitaux et du dumping fiscal, surpuissance et missions de la banque centrale européenne (BCE), politique de paix, fonctionnement démocratique de l’Union européenne. Rien!

Comme le dit un expert, Giscard d'Estaing : on a camouflé la plupart des innovations du Traité Constitutionnel en les faisant éclater en plusieurs textes. Mais c'est la même chose que le TCE !

Ce traité a fait l'objet en France d'un déni de démocratie, puisque Nicolas Sarkozy l'a fait passer en force, en refusant la procédure référendaire et en le faisant adopter au Parlement réuni en Congrès à Versailles, grâce au vote positif et à l'abstention bienveillante de parlementaires socialistes, verts, et radicaux de gauche.

C’est pourquoi aujourd’hui, toutes celles et tous ceux qui ont voté «non» en 2005 n’ont aucune raison de voter «oui» en 2009 en votant pour les listes Ouiouistes de l’UMP, du PS, du Modem et des Verts.

Avec 55 % de « non » au référendum le 29 mai 2005, à quel titre faudrait-il renoncer alors qu’il est possible de sanctionner les partisans du «Oui» ? Est-il possible de les laisser caracoler avec des sondages qui leur donnent respectivement aux alentours de 28%, 24%, 13% et 10% ? Autrement dit, le « oui » obtiendrait 75 % !

Sanctionner les responsables de la crise

On a tendance quelquefois à oublier que l’UMP est au pouvoir depuis 7 ans et qu’elle a une responsabilité particulière dans la crise du capitalisme néolibéral. Elle a soutenu les politiques de l’Union européenne et les traités européens de Maastricht à Lisbonne, impulsant par là-même les politiques gouvernementales de libéralisation.

Et si Nicolas Sarkozy faisait de beaux discours, pendant la dernière campagne présidentielle, sur la faillite de la Commission de Bruxelles et la nécessaire lutte contre les délocalisations, il fait aujourd’hui un grand écart permanent dans de nombreux domaines :

- Son plan de relance a été trop timoré, à cause d’insupportables dogmes européens dans lesquels il a encore plus enfermé la France avec le Traité de Lisbonne, alors que seuls un euro moins surévalué et un réel protectionnisme européen associés à des investissements massifs dans l’économie productive et verte seraient de nature à éviter à la France une débâcle industrielle.

- Le fameux « traité simplifié » censé réconcilier le Oui et le Non de 2005 supprime le droit de veto de la France sur les négociations commerciales à l’OMC mais, avec le culot qui le caractérise, le Président de la République promet aux agriculteurs français qu’il mettra le droit de veto sur tout accord commercial dangereux pour eux !

- Sur la Turquie, le Président est tout aussi incohérent. S’il se déclare opposé à son entrée, il a laissé s’ouvrir à Bruxelles, 8 chapitres de négociations et a fait supprimer le référendum obligatoire qui avait été constitutionnalisé par Jacques Chirac pour éviter un mariage forcé.

- En revanche, des ruptures, qui n’avaient pas été annoncées, ont été mises en œuvre. Ainsi, le retour dans l’OTAN, signe la fin de 50 ans de consensus politique français et abîme l’image de notre pays dans le monde. De même, l’envoi de troupes en Afghanistan est contraire aux engagements pris pendant la campagne électorale.

Quand au PS, en affirmant que pour «réorienter l’Europe, il faut d’abord envoyer au Parlement de Strasbourg une majorité de députés de gauche», il se moque à un double titre des électeurs.

D'abord pour les raisons indiquées précédemment sur les faibles pouvoirs du parlement mais également à cause de ce qui s’est produit par le passé lorsque l’Europe comptait 15 pays. A cette époque existait une majorité de gauche au Parlement européen et sur 15 pays, on en comptait 13 avec une majorité social-démocrate ! Rien n’a changé pour autant !

Et cette Europe que Martine Aubry critique pour les besoins de la campagne, ce n’est pas seulement celle des ultra-libéraux, Manuel Barroso en tête, c'est aussi celle de tous les socialistes européens et de Jacques Delors, papa de Martine et ministre socialiste des Finances de 1981 à 1985 puis président de la Commission européenne de 1985 à 1995, qui a conçu notamment l’acte unique européen et le traité de Maastricht.

C’est toujours cette même Europe que Martine Aubry a défendu ardemment le 29 mai 2005 en faisant campagne pour le Oui au traité constitutionnel puis en soutenant le traité de Lisbonne qui réunit toutes les causes des souffrances présentes. Un traité dont le PS a permis, avec l'UMP, lors du congrès de Versailles, qu’il s’inscrive dans la Constitution de la République si par malheur il est ratifié par les 27 pays européens...

Aujourd'hui, c’est la première fois que les Français ont la possibilité de s’exprimer après les présidentielles de 2007. Vont-ils se taire, comme si personne n’était responsable de rien ? Comme s’il n’y avait pas de coupables ? Comme s’il n’y avait pas de solutions ?

C’est assurément une occasion à ne pas manquer pour tous les vrais républicains de voter en faveur des listes qui n’ont aucune responsabilité dans le système de Bruxelles et qui préconisent d’autres solutions que celles de l’ultra-libéralisme.

A cet égard, le 7 juin au soir, il sera intéressant de savoir dans quelle proportion les électeurs de sensibilité gaulliste auront voté pour les listes de Debout La République de Nicolas Dupont-Aignan et ceux de sensibilité socialiste l’auront fait pour les listes du Front de gauche associant Marie-George Buffet à Jean-Luc Mélenchon.


Photo Flickr-cc : parlement européen par tuxophil (http://www.flickr.com/photos/tuxophil/)

mardi 19 mai 2009

Appel pour un salaire maximum

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Les abus des rémunérations des grands patrons, dirigeants de la société générale en tête, ont provoqué une indignation générale car ils n’obéissent à aucune logique économique.

Si une limitation de ces émoluments est loin de résoudre la crise, sa valeur symbolique est forte. Et il n'y a aucune raison que les sacrifices et les efforts soient concentrés sur les seuls salariés sous prétexte qu'ils sont les plus nombreux.

C'est pourquoi, dans le système hyper-inégalitaire que nous connaissons, c
'est le moment ou jamais d’imposer des limites décentes…


A l'attention de : M. le Président de la République, Nicolas Sarkozy

Avec la crise économique a surgi le débat sur le salaire maximum qui aurait été jugé totalement ringard voici encore quelques mois.

Pourtant, cette proposition est de bon sens. Elle est même un symbole indispensable si les dirigeants veulent montrer qu’ils ont compris quelque chose au marasme actuel et qu’ils ne souhaitent pas que tout revienne « comme avant ».

Le salaire maximum, ou mieux, la rémunération maximale, intégrant bonus et primes, est presque une nécessité : le salarié le mieux payé d’une entreprise vit dans la même société que celui qui est le plus mal payé.

Si le premier gagne, comme c’est le cas aujourd’hui, 300 ou 400 fois, voire 5 ou 600 fois plus que le second, il n’a aucune chance de comprendre son univers et donc de prendre des décisions raisonnables qui le concernent.

Conscient du problème, l’écrivain George Orwell avait proposé que le salaire du chef d’entreprise ne puisse jamais être plus de dix fois celui de l’ouvrier le plus mal payé.

Pour Henry Ford, qui avait deviné qu'il vaudrait mieux fabriquer des 2 CV que des Jaguar, la bonne proportion était 40 fois.

Dans la France de 2009, cela représente environ 500 000 euros de rémunération annuelle, ce qui est déjà une somme motivante.

Le plafond pourrait être instauré par la loi ou par une mesure fiscale comme aux Etats-Unis, taxant à 80 ou 90% les revenus au-delà d’un certain niveau. Bref, la méthode se discute, mais le principe doit s’imposer au législateur le plus vite possible.


Premiers signataires : Samir Amin (économiste), Philippe Cohen (journaliste), Eric Conan (journaliste), Laurent Cordonnier (économiste), Liêm Hoang-Ngoc (économiste), Frédéric Lordon (économiste), Bernard Maris (économiste), Hervé Nathan (journaliste), Dominique Pilhon (économiste), Christophe Ramaux (économiste), Gilles Raveaud (économiste), Bertrand Rothé (économiste), Maurice Szafran (journaliste), Jacques Sapir (économiste), Henri Sterdyniak (économiste), Bruno Tinel (économiste), Michel Le Net
(président d'honneur du Cercle d'Ethique des Affaires).

Soutenus par : Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Glavany, Jean-François Kahn, Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Luc Mélenchon, Alain Liepietz.


Pour signer la pétition :
http://www.mesopinions.com/Pour-un-salaire-maximum-petition-petitions-6b2e676137b8758f4b52ddc915f8eab7.html